Quais du Polar, édition 2026. L’ATLF y était !
La 26ème édition du festival Quais du Polar s’est tenue à Lyon du 03 au 05 avril 2026. Comme c’est désormais habituel, l’ATLF y était bien présente, tant pour le volet professionnel, « Polar Connection », que pour la partie grand public. Maïa Rosenberger et nos deux interlocutrices privilégiées au festival avaient pu préparer un programme en 4 étapes visant tant les deux types de publics.
Le vendredi 03 avril, Samuel Sfez a participé à une table ronde à destination des professionnels sur le thème : « Intelligence artificielle générative, création littéraire et filière du livre ». Il était en compagnie de Valérie Habermacher (bibliothécaire, Médiathèques de Cannes) ; Perdita Krämer (directrice, festival Crime Time de Brême) ; Olivier Paquet (auteur) et Sára Vybíralová (coopération internationale, Centre littéraire Tchèque). Assez peu nombreuse en cette première matinée, l’assistance a cependant été intéressée par la présentation d’un point de vue contraire à l’IA.
L’après-midi, Joëlle Touati et Benjamin Kuntzer ont présenté sous les ors des salons de l’Hôtel de Ville la restitution des ateliers qu’ils avaient animés dans trois lycées de la Région Auvergne-Rhône-Alpes : Léonard de Vinci à Monistrol-sur-Loire (43), Récamier à Lyon et Charles-Gabriel Pravaz (Pont-de-Beauvoisin, 38). Des élèves de terminale de ces trois établissements avaient travaillé avec leurs professeurs des fragments successifs d’un extrait de Dietland, de Saraï Walker, dont les éditions Gallmeister publiaient une retraduction à l’occasion du festival. L’autrice, les éditeurs, les professeurs et les traducteurs ont été enchantés des trouvailles et des questions des lycéens, sensibilisés à l’art subtil de la traduction, et à la démarche de l’autrice. Pour nos deux passeurs de métier, l’expérience a été très positive. « Gratifiante », cette nouvelle édition a été pour Joëlle une occasion très appréciée de sortir de la solitude de la traductrice, de partager idées et doutes, de se remettre en question. Elle a apprécié la motivation des professeurs et des élèves. Benjamin renchérit : « Nous avons collectivement vécu une expérience extrêmement intéressante et enrichissante, et la possibilité d’échanger directement avec l’autrice pour lui faire part du choix des élèves et obtenir son ressenti, voire parfois de l’interroger directement sur certains des messages qu’elle a voulu transmettre, restera je pense un grand moment pour les présents. J’ai par ailleurs été épaté par le niveau d’anglais, de réflexion et de motivation des participants. »
Pendant ce temps, dans le cadre de Polar Connection, Justine Coquel proposait aux professionnels de la documentation sur l’ATLF. Le succès ayant été limité, nous envisageons l’an prochain de nous adresser au grand public, en dressant le même type de table au moment de la joute, par exemple.
Car la version polonaise qui s’en est tenue le samedi 04 avril a, comme tous les ans, été un succès. La salle Tony Garnier était pleine d’un public attentif, venu écouter les versions qu’Agnieszka Gaca et Monika Prochniewicz avaient proposé des premières pages d’Obiekt, une nouvelle inédite de Jakub Szamałek, dénichée par Kamil Barbarski. Une première à plus d’un titre : première fois que la joute co-organisée par l’ATLF et Quais du Polar mettait le polonais à l’honneur, première participation à une joute pour deux des participantes. Soucieuse, pour sa première modération, de mettre en valeur les différentes logiques des traductrices, Renata Zajac-Krupa a émis de nombreuses hypothèses et questions, auxquelles Agnieszka et Monika ont répondu bien volontiers, entre les explications d’un auteur formé en philosophie et parfaitement anglophone, racontant comment et pourquoi il était passé de l’archéologie à la science-fiction.
Les remarques et demandes d’approfondissement ont ainsi permis de pointer le traitement différent que les deux traductrices avaient réservé au contexte et lexique parfois très techniques – la scène décrit l’atterrissage d’un vaisseau spatial. « Le gaz atmosphérique flamboy [a ainsi] furieusement sur les écrans de contrôle », pour Monika, quand, dans la version d’Agnieszka, « le gaz atmosphérique surchauffé flamboyait furieusement sur les écrans reliés aux caméras embarquées. » Nous nous sommes aussi interrogés collectivement sur les subtilités des « vacarme » et autres « fracas » que peuvent générer ces engins quand ils entrent dans l’atmosphère, qu’ils soient au masculin ou au féminin. Car quel est le genre de « L‘invincible », quand il est piloté par une commandante ?
Plus spécifiquement, le polonais étant une langue synthétique, elle permet souvent d’exprimer les choses de manière assez précise et économe : la difficulté est de ne pas tomber dans des tournures trop lourdes dans la traduction française. Pour Agnieszka, « c’est peut-être aussi une langue plus « flexible » et propice à la formation de mots nouveaux, comme l’illustre l’exemple de l’adverbe « nominalnie », qui ne figure pas forcément dans les dictionnaires de référence, mais qui fonctionne bien, contrairement à « nominalement », qui ne passerait pas en français dans ce contexte. »
Quoi qu’il en soit, cette expérience inédite, par l’exercice lui-même, pour certaines, et par la particularité technique et scientifique du texte, a été très positive pour les participantes. Renata a « passé de beaux moments aux Quais du polar. L’ambiance était très joyeuse. J’étais impressionnée par le nombre de tous les participants de ces journées uniques (une foule immense et curieuse de découvrir des nouveautés). Et humainement, c’est toujours très agréable de faire connaissance à la fois des auteurs, des traducteurs et des organisateurs. Ce n’était pas de tout repos, mais cela valait la peine de découvrir ce monde-là. » « Une belle expérience » pour Monika aussi, et pour Agnieszka, « Cet exercice hors du commun m’a certainement sortie de ma zone de confort et m’a donné l’occasion de travailler sur un texte à mille lieues de ce que je traduis habituellement, donc je peux dire avec assurance que cette expérience restera dans les annales ! J’ai trouvé que les conditions qui nous ont été offertes étaient excellentes et que le lieu était splendide. »
Dans la foulée, Justine a répondu aux questions de jeunes traducteurs internationaux dans le cadre du nouveau programme Polar Connection, le Parcours Jeunes traducteurs littéraires, qui rassemblait dix jeunes traducteurs littéraires francophones, venus d’Allemagne, de Corée du Sud, d’Espagne, de France, d’Italie et du Maroc.
Enfin, nous avons appris que le prix jeune public avait cette année été décerné à un roman traduit : Le secret de Golden Island, de Natasha Ferrant, traduction assurée par Marie Leymarie. C’est une première, et nous allons essayer l’an prochain de développer une action en direction du jeune public, pour diversifier notre présence pourtant déjà bien ancrée dans ce festival.
Et après toutes ces présentations et activités, Justine et Maïa ont profité de leur dimanche de festivalières.
